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 HOMMAGE AU DR RENE CHARLES- LE NOUVELLISTE
 
Décès du Dr René Charles, pionnier dans la lutte contre le diabète en Haïti
 
Le Dr René Charles, fondateur de la Fondation haïtienne de diabète et de maladies cardiovasculaires, est décédé le 16 janvier 2022. Cette
annonce a eu l'effet d'un électrochoc dans le monde médical.
Les hommages pleuvent sur les groupes WhatsApp et autres réseaux sociaux à l'endroit du Dr René Charles, décédé ce lundi 16 janvier
2022. Amis, patients, membres de la famille, confrères et consoeurs, chacun y va de son témoignage. Vécue ou transmise d'une génération
à une autre.
Dans cet exercice, l'ancienne ministre de la Santé publique et de la Population, le Dr Josette Bijou, se démarque pour avoir partagé de
grands moments dans sa carrière aux côtés de celui qu'elle appelle toujours « mon professeur ».
Avant, il y avait le diabète et des diabétiques en Haïti, mais personne n'avait pensé à faire comme le Dr René Charles : « créer une fondation
capable de prendre en charge les patients diabétiques de manière holistique, qu'ils soient riches ou démunis ».
En effet, diplômé à la Faculté de médecine de l'Université d'État d'Haïti en 1956, le Dr René Charles a fait sa résidence en laboratoire avec les docteurs Paul Boncy et Jean Péreira avant d'entrer à New York au Mount-Sinaï hospital et à Rochester University en vue de poursuivre sa
formation académique. Là-bas, il a fait une spécialité en hématologie et en endocrinologie.
À son retour en Haïti, il a été nommé professeur à la Faculté de médecine de l'UEH où il enseignait les maladies métaboliques. « C'est
un moment décisif de sa carrière. Il a joui d'une réputation exceptionnelle à la faculté de médecine », confiait sa fille, le Dr Nancy Charles Larco.
Pour un ancien étudiant qui pratique la médecine à New York, le Dr René Charles a tout simplement révolutionné l'enseignement à la faculté de médecine en Haïti. « Avant, les professeurs faisaient appel à la mémoire des étudiants, lui, il a surtout mis l'accent sur la logique, le bon sens et la bonne compréhension des cas cliniques. Ces examens se faisaient à livres ouverts », se souvient ce médecin, devenu lui aussi un spécialiste en endocrinologie.
Le Dr René Charles se distingue parce qu'il ne voulait pas que sa spécialité, rare à l'époque, soit accessible uniquement aux plus riches.
Ainsi, il a créé en 1973 l'Association haïtienne de diabète qui, bousculée par les exigences de son succès, allait devenir la Fondation haïtienne de diabète et de maladies cardiovasculaires.
Sa cible était, jusqu'à son dernier jour, les plus démunis. Aussi voulait-il créer un centre de référence dans la prise en charge du diabète,
confiait le Dr Nancy Larco, directrice de la Fhadimac.
En plus de sa grande réputation dans le champ de la médecine interne, le Dr René Charles voyait l'ampleur du diabète en Haïti comme un
problème de santé. De 1972 à 1986, il dispensa des cours d'épidémiologie et de santé publique à l'université de Miami. « Son amour pour la santé publique a fait de lui le premier membre d'honneur de l'association haïtienne de santé publique », fait savoir le Dr Josette Bijou.
Durant son passage, soit de huit mois, à la tête du ministère de la Santé publique et de la Population, le Dr René Charles a initié ce que les
spécialités en santé publique appellent aujourd'hui « la réforme du système de santé en Haïti ».
Le Dr Josette Bijou, qui était directrice régionale à l'époque, garde du Dr René Charles la détermination d'un homme sans ambition
personnelle qui voulait que le système de santé avance sur le chemin du progrès.
Le Dr René Charles, décédé en ce début d'année 2022, a bien rempli sa journée.
Ancien président de l'Association caribéenne de diabète, prix « Sir Philipp Sherlock » à la Jamaïque en 2003 pour le travail de qualité qu'il
a réalisé dans la médecine caribéenne, le Dr Charles entre dans l'immortalité parce qu'il a su laisser derrière lui une oeuvre éternelle à
travers la Fondation haïtienne de diabète et de maladies cardiovasculaires. Pour sa fille Nancy Charles Larco, au-delà du bâtiment, le Dr René Charles a aussi laissé des hommes et femmes bien formés capables d'assurer la relève. 
 
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HOMMAGE DE L'ASSOCIATION HAITIENNE DE DIABETE par la Presidente Dr Carole Cadet Day 

Dr Antoine René Charles

3 Mars 1931- 16 Janvier 2022

Le Docteur Antoine René CHARLES né le trois mars 1931 à Jérémie située au sud de la République d’Haïti est parti paisiblement à Miami le dimanche seize janvier 2022, entouré d’affection, à la veille de ses 91 ans, décidé à entreprendre le dernier voyage vers son Créateur.

          Ainé d’une famille de 10 enfants, bon mari et père de trois fille et fils, il a été pendant sa longue vie, un guide attentionné et un grand père affectueux pour ses petits-enfants et arrière-petits-enfants.

          La joie entourant sa naissance l’a toujours suivi. Né dans la charmante ville de Jérémie, surnommée la ville des poètes, René particulièrement doué, y puisa un sens artistique remarquable.   Il raconte avoir hésité entre des études musicales pour une carrière de ténor et la médecine.  Le peuple haïtien surtout les démunis ont grandement bénéficié de son choix.

Diplômé de de la Faculté de Médecine de l’Université d’Etat d’Haiti en 1956, le Dr René Charles a fait sa résidence en laboratoire avant de partir pour les Etats-Unis où à New York au Mount-Sinaï Hospital et à Rochester University il a parfaire plusieurs spécialisations en hématologie, en maladies métaboliques et diabète et en gastro-entérologie et a publié plusieurs travaux dans ces domaines.

Ayant acquis une bonne maturité médicale et une bonne expérience clinique, le Dr René Charles a pris la résolution de retourner en Haiti en juillet 1962, malgré des offres alléchantes pour rester travailler aux Etats-Unis.

De retour en Haiti dans sa pratique médicale, il a été mis en contact avec 2 catégories de patients :

  • - Le premier groupe, en clientèle privée, composé d’une petite minorité qui pouvait payer la prise en charge à long terme du diabète et de l’hypertension artérielle
  • - Le deuxième groupe : la large majorité de la population haïtienne, incapable de payer un traitement à long terme, et qui mourait prématurément de complications aigues ou de complications chroniques débilitantes. Pendant des années, la situation de ces patients défavorisés a tourmenté le Dr Charles pour devenir son leitmotiv pour créer en 1987 l’Association Haïtienne de Diabète devenue en 1993 la Fondation Haïtienne de Diabète et de Maladies Cardio-Vasculaires, FHADIMAC. Il répétait sans cesse. « La médecine est un don de Dieu. Il faut l’exercer avec amour, conscience et honnêteté » répondant ainsi à l’appel de sa mission qui est « d’aider les autres à mieux vivre »

Le Dr René Charles a enseigné à la Faculté de Médecine et de Pharmacie de 1963 à 1990. Il a innové et développé une méthode pédagogique qui s’adressait à l’intelligence de ses étudiants tout en éveillant leur intérêt et adaptant la théorie à la pratique. Il insistait toujours sur l’importance d’une bonne histoire et d’un bon examen clinique du malade.

En 1980, alors qu’il était ministre de la santé publique et de la population (dont la durée a été de 8 mois), il a plaidé pour la nécessité de moderniser la médecine haïtienne et de la rendre accessible à tous. Il a magnifié la noblesse de la profession médicale qui fait des médecins serviteurs de l’humanité souffrante, particulièrement des défavorisés.

En 1990, les revendications estudiantines encouragées par certains professeurs opportunistes, se révélèrent selon le Dr Charles incompatible avec la déontologie médicale. Face à cette situation, son enthousiasme disparut. Il n’eut plus l’envie d’enseigner à des jeunes qui ignoraient la grandeur de la profession médicale et tombait dans la démesure de revendications inspirées par un populisme trompeur et avilissant. Ce désenchantement causa sa démission comme professeur à la Faculté et le conforta à s’adonner à sa mission « celle d’aider les diabétiques à mieux vivre »

Nombreuses distinctions reçues par le Dr René Charles :

  • - Honneur et Mérite du Département de la Santé Publique d’Haiti
  • - 1997: Prix Dr Léon Audain (Haute distingtion médicale en Haiti)
  • - 1998: Honneur et reconnaissance Promotion Rosalvo Bobo
  • - 14 Mai 2000 : Plaque de félicitations et de reconnaissance pour son œuvre humanitaire au bénéfice des diabétiques en Haiti
  • - 2002 : Aruba Diabetes Association for a life dedicated to Diabetes
  • - Mars 2003: Sir Philippe Sherlock distinguished Award (Jamaique) for outstanding services to the medical science in the Caribbean.
  • - Novembre 2004: Honneur et Mérite par le Lion Club de Delmas pour les services Haiti pour le Diabète et un modèle prestigieux pour les jeunes générations
  • - 2005 : Excellence professionnel par le Rotary International
  • - 2005 : Honneur et Mérite par le ministre du MSPP Dr Josette Bijou pour son dévouement à la cause de la santé en Haiti
  • - Décembre 2011 : Prix décerné par la Fédération Internationale de Diabète à Dubai pour son combat contre le Diabète
  • - Novembre 2012 : Prix Humanitaire de la Fondation Lucienne Deschamps
  • - 13 Novembre 2014 : Prix d’humanisme par le CHAMI (Collège Haïtien de Médecine Interne) pour son engagement social et philanthropique, sa contribution au bien-être et à l’épanouissement de ses patients et de sa communauté.
  • - 14 Novembre 2014 : Honneur et Mérite décerné au Grade de Grand-Croix, (plaque d’argent) par le président Michel Martelly ( Highest Award) pour sa haute contribution dans le traitement du Diabète et son appui professionnel de plus de 50 ans au système médical haïtien.
  • - Novembre 2015 : DLife Champion for his outstanding work in Haiti.
  • - 2016: Honneur et Mérite par le MSPP pour sa contribution dans la lutte contre le Diabète en Haiti
  • - 2017: Université Lumière Honneur et Mérite pour la lutte menée contre le Diabète et le support apporté à la population haïtienne
  • - 2017 : Honneur et Mérite pour sa contribution à la formation de médecins de la promotion Jean Bartoli
  • - 2019 : Honneur et Mérite par la Fondation Lorquet pour une nouvelle Haiti pour son engagement et son dynamisme à l’amélioration du système sanitaire en Haiti au sein de la FHADIMAC.

Malgré ses nombreuses distinctions, le Dr René Charles a toujours été humble et à l’écoute de son entourage.

Le Dr René Charles a réussi sa vie.  Pareille déclaration surprend.  A quelle aune mesure-t-on la réussite ?  Pour René, il s’agissait de l’adoption et de la transmission de valeurs sûres et édifiantes à ses enfants, à ses étudiants à la Faculté de médecine et à tous ceux qui le fréquentaient.  Une intense curiosité le guidait.  La musique, la littérature, le sport, la mise en terre d’un magnifique jardin, les affaires publiques, autant de domaines qui le passionnaient et l’éloignaient de l’oisiveté, la mère de tous les vices.

          La force de René résidait surtout dans sa foi.  Elle s’est raffermie sous la courte papauté de Jean XXIII, l’un des papes les plus admirés de l’histoire récente de l’Eglise.  Le Concile Vatican II qu’il a convoqué, marqua de nombreux changements dans l’Eglise catholique romaine, la rendant plus proche des fidèles, ce qui s’alliait bien aux idéaux de René.

          D’abord facile, son sens de l’humour a toujours étonné chez un médecin aussi réputé.

          Un des mérites de René, est de savoir s’entourer.  Sa femme Marie José l’a toujours épaulé et conseillé dans ses entreprises.  Leur complicité de 64 ans dura jusqu’à sa mort.

          Selon le Docteur Simphar BONTEMPS, son cousin et contemporain, sa mission lui serait révélée, en observant dans les années 1970, les diabétiques démunis qui ne pouvaient faire face au traitement à long terme du Diabète. Il comprit que la dimension du problème nécessitait une réponse institutionnelle en absence d’implication de l’Etat.  Le Docteur Bontemps qui dirigeait alors l’hôpital Saint François de Sales, lui offrit la possibilité d’y organiser des cliniques.

          Les premiers fonds épuisèrent les économies de sa femme Marie José.  Les obstacles renforçaient leur persévérance.  L’Association Haïtienne du Diabète et des Maladies Cardio-vasculaires qui deviendra  la Fondation Haïtienne du Diabète et des Maladies Cardio-vasculaires, était née.  Plusieurs professionnels apporteront leur assistance comme bénévoles ou membres du Conseil d’administration.  Depuis des années, l’équipe est expertement assistée par ses élèves Lunel Charlot, Eddy Jean-Baptiste, Philip Cléophat… sa fille, le Docteur Nancy Charles LARCO et son gendre le Docteur Philippe LARCO.

          La Fondation a des cliniques, possède une pharmacie à bas prix destinée aux diabétiques, anime chaque année à des fins de vulgarisation la semaine du diabète et accomplit des projets avec le ministère de la Santé Publique et de la Population ainsi que des organisations non gouvernementales.  Une Clinique des pieds a vu le jour pour éviter les amputations qui guettent les diabétiques et un hôpital dont l’emplacement est disponible, est prévu.

          Tous les cadres sont bénévoles, ce qui dénote un certain handicap.  Cependant la FHADIMAC demeure une référence. En contemplant son œuvre, le Docteur Antoine René CHARLES a estimé avoir réussi sa mission comme relaté dans son dernier livre, Quelle belle vie »

          L’avenir d’une telle entreprise nous appartient.  Dans une lettre posthume, le Docteur Antoine René CHARLES a souligné les changements apportés par la FHADIMAC dans la vie des diabétiques haïtiens tout en déplorant le peu d’engagement des dirigeants politiques pour l’avancement du pays.

          L’élan de René envers les démunis, a été l’approfondissement d’une phrase que lui répétait son père : « René tu as beaucoup reçu, tu dois beaucoup donner ». 

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Ma dernière leçon d’humanité

par Dr René CHARLES

              Je m’en vais en paix avec moi-même entouré de l’affection de ma famille, de tous ceux que j’aime et qui m’aiment.

              J’ai mené une vie bonne à la recherche du bien, du beau et du vrai.

              La vieillesse m’a enseigné la tolérance, la sagesse et la sérénité.

              J’ai semé la joie et la paix autour de moi. J’ai essayé de vivre en harmonie avec tout le monde, sans haine, ni envie pour personne.                  Je demande pardon à tous ceux que j’ai offensés involontairement.

              J’ai tendu la main à ceux que j’ai pu aider à mieux vivre ou à réussir dans la vie.

              Je remercie ceux qui m’ont permis d’avoir une vie stable et heureuse, particulièrement ma femme.

              Malheureusement je laisse un pays détruit par l’incompétence des gouvernements irresponsables, l’égoïsme de politiciens haïtiens à courte vue, la faillite d’une grande partie de l’élite intellectuelle et économique et l’incapacité de la société civile qui, depuis plus de deux cents (200) ans exploitent le peuple sans l’aider à obtenir les moyens de s’instruire, de se soigner et de vivre décemment.

Et pourtant :

Qui sommes-nous ?

Ou plutôt

Que sommes-nous ?

  • - Des fétus de paille dispersés par le vent.
  • - Des objets inutiles malgré nos vaines prétentions.

Les pays les plus puissants dotés d’armes sophistiquées et de bombes atomiques se sont mis à genoux devant un organisme invisible à l’œil nu : le corona virus (COVID 19).

Ceci nous rappelle que, devant l’adversité, il n’y a aucune différence entre ceux qui souffrent car nous sommes tous égaux que nous soyons riches ou pauvres, blancs ou noirs « puissants ou misérables » (J. de la Fontaine).

Après, quand la pandémie aura disparu, que ferons-nous pour remédier à l’injustice qui ronge à la racine notre société et pour supprimer les inégalités qui créent, sur le même sol natal, l’existence de classes socio-économiques séparées souvent hostiles ?

Après le séisme de 2010, nous avons perdu la chance de nous unir.

Et maintenant, quelle sera notre attitude après cette pandémie ? Quelles leçons tirer de cette infection fatale qui suscite tant de gestes de solidarité dans d’autres pays ?

Est-il possible que nous autres haïtiens restions insensibles et sourds à la catastrophe sociale qui nous menace et qui peut exploser n’importe quand sous la pression des insatisfaits, des incompris, des exploités et des laissés pour compte.  

C’est le temps de se pencher sur le sort des pauvres, des démunis et de tous les oubliés avant de penser à nos propres intérêts !

Que Dieu nous protège !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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